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Acteurs et action politique en Révolution : les Conventionnels

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Contexte et positionnement du projet

Toute recherche sur la Révolution française nécessite la consultation d’un grand nombre d’outils, notamment bibliographiques, biographiques et prosopographiques ; indispensables aux chercheurs français, ils le sont plus encore aux universitaires étrangers qui ne jouissent pas toujours des mêmes facilités que leurs homologues français pour accéder à certains ouvrages anciens, a fortiori aux sources elles-mêmes. Or, l’importance des études révolutionnaires est telle que cette période continue d’occuper une place majeure, tant en France qu’à l’étranger, sans commune mesure avec la relative étroitesse de son créneau chronologique (comme en témoignent, année après année, chaque volume de la Bibliographie annuelle publiée par le CNRS ou les 1 000 pages annuelles des Annales historiques de la Révolution française – nées en 1908 et seule revue scientifique consacrée à cette période -, ainsi que, de façon plus ponctuelle des numéros spéciaux d’autres revues scientifiques, telle une récente livraison de French Historical Studies, number 4, fall 2009). Parmi les outils de travail essentiels pour les chercheurs figurent les travaux de synthèse et dictionnaires consacrés au personnel politique de cette période, tels les deux ouvrages collectifs dirigés par Edna H. Lemay : un Dictionnaire des Constituants, paru chez Universitas (1991) et un Dictionnaire des Législateurs, paru au Centre international d’étude du XVIIIe siècle (2007), chacun en deux volumes. En revanche, s’agissant de la troisième Assemblée législative de la période révolutionnaire, la Convention nationale, pourtant au cœur du moment le plus critique pour la France en Révolution et toute première Assemblée législative de la République (automne 1792 – automne 1795), force est de constater que les chercheurs en sont toujours réduits à consulter le Dictionnaire des Conventionnels d’Auguste Kuscinski publié en 1916.

Réédité en 1973 à seulement 800 exemplaires, avec un texte inchangé, et vite de nouveau épuisé, cet ouvrage est très incomplet et fautif, d’autant que l’auteur n’était pas historien de formation et a travaillé de manière artisanale, ne cherchant qu’à rassembler une succession de notices biographiques sur des représentants du peuple alors encore à peine connus. Le corpus établi en ces premières années du XXe siècle est loin d’être complet, puisque certains représentants du peuple sont omis (des suppléants ayant siégé plus ou moins tardivement, mais aussi rien moins que Maximilien Robespierre dont Kuscinski n’a jamais rédigé la notice biographique. Il réservait celle-ci pour la fin de ce travail, interrompu par son décès). Quant à la longueur très inégale des notices (ici quelques lignes, là plusieurs longues pages), elle atteste, d’une part, les connaissances très partielles de l’auteur qui était avant tout réduit aux fonds d’archives parisiens et aux glanes envoyés par de nombreux correspondants dans les départements, d’autre part, certains choix partisans qui sont autant de reflets d’un moment historiographique donné. En effet, tout lecteur de son dictionnaire a tôt fait de percevoir l’intérêt de Kuscinski pour les Montagnards et plus encore le mépris qu’il voue à certains membres de la Convention nationale, notamment à ceux qui ont pu être qualifiés de « girouettes » (dans sa préface de 1916, reprise telle quelle en 1973, Alphonse Aulard notait à ce propos : « Kuscinski n’a pas toujours un ton objectif, comme nous disons. Il n’était pas seulement passionné pour la vérité, mais aussi pour la Montagne de la Convention et les Montagnards. Il y a donc des idées et des hommes qu’il ne peut s’empêcher d’exalter ; il en est d’autres qu’il aime à dénigrer, quoique sans calomnie et voulant toujours être juste. Il loue, il se fâche, il gronde »). Son dictionnaire illustre aussi les difficultés du classement des Conventionnels dans les mouvances politiques internes à cette Assemblée, puisque, au-delà des Montagnards et Girondins les plus faciles à identifier, il tend souvent, peu ou prou, à ranger les autres dans la Plaine. Qui plus est, il ne permet guère de suivre l’émergence et l’évolution de ces trois mouvances, et plus encore les reclassements politiques des uns et des autres au fil des événements, sauf pour les cas les plus fameux (songeons à Barère, bel exemple de passage de la Plaine à la Montagne). Il n’autorise pas davantage à saisir les logiques des liens noués par de très nombreux Conventionnels avec les clubs politiques, la Commune et les sections de Paris, sans même parler des contacts souvent étroits conservés avec les électeurs et le personnel politique de leur département d’origine et/ou d’élection dont témoignent des correspondances conservées dans les Archives départementales ou municipales. Enfin, ses parti-pris et autres jugements de valeur, ses considérations sur les Exagérés et les Indulgents au moment de lutte des factions, a fortiori ses emplois fréquents de qualificatifs au sens douteux (soutenir par exemple que tel ou tel représentant du peuple est « modéré », « exagéré », « réacteur », etc.), étonnent aujourd’hui tant ils sont abrupts et souvent marqués du sceau de l’imprécision.

Comment douter que son Dictionnaire des Conventionnels ne réponde plus aux critères scientifiques depuis établis par les historiens de la Révolution française, notamment par Edna H. Lemay et les chercheurs alors rassemblés autour d’elle pour l’étude des deux premières Assemblées législatives ? Sur ce point, le manque est flagrant et l’élaboration d’un outil qui permettrait de le combler s’impose. Le projet ACTAPOL se propose ainsi de compléter l’information des chercheurs en poursuivant le travail ouvert par Edna H. Lemay, d’autant que de nombreux travaux sur les membres de la Convention nationale sont venus compléter l’information disponible. Ainsi, au-delà des ouvrages et autres textes biographiques, plusieurs études ont été consacrées aux classements politiques internes et/ou aux mouvances politiques de la Convention nationale (pour ne citer que quelques livres : Sydenham 1961, Patrick 1972, Soboul 1980, Furet-Ozouf 1991, colloque sur Les fédéralismes 1995, Dupuy-Morabito 1996, Hanson 2003, de Mathan 2004). Montagne et Gironde sont aujourd’hui bien mieux connues qu’elles ne l’étaient au temps de Kuscinski, même si les appartenances des représentants du peuple à ces « groupes » politiques plus ou moins hétérogènes donnent toujours lieu à des comptages contradictoires (ainsi pour les Montagnards, notamment entre le nombre proposé par F. Brunel et celui d’A. Patrick). Par ailleurs, le fait qu’aucun chercheur ne se soit encore attelé sérieusement à l’étude de la Plaine ou Marais, pourtant la mouvance politique la plus nombreuse à l’Assemblée, est révélateur des limites de nos connaissances des individus, de leurs parcours politiques et plus encore de leurs prises de position (au sein comme en dehors de la Convention nationale). Seule une thèse en cours (Université de Paris 1) leur est actuellement consacrée, mais les difficultés auxquelles elle se heurte semblent importantes. Sauf à considérer que le « Centre » politique serait par nature « introuvable » en France et plus particulièrement au cours de la Révolution, ce relatif vide historiographique ne peut toutefois s’expliquer par le seul intérêt porté de longue date aux Montagnards et aux Girondins. Ce n’est que par une nouvelle appréhension globale du corpus des Conventionnels, par le croisement d’approches biographiques et prosopographiques, c’est au carrefour entre vision par le haut et vision au plus près des archives départementales et municipales, qe le3 rgprésentants du peuple ayant choisi de siéger à la Plaine pourront enfin retrouver tout à la fois un portrait collectif et des portraits individuels débarrassés des a priori de Kuscinski.

D’autres recherches ont justement apporté ces dernières années des éclairages neufs sur l’institution « révolutionnaire » (au sens d’« extraordinaire ») des représentants du peuple en mission, permettant un regard très différent de celui traditionnellement avalisé par l’historiographie sur le fonctionnement de la Convention nationale et de ses comités, mais aussi sur le rôle d’intermédiaires joué par les « missionnaires de la République » dans les départements et aux armées (Gross 1997-2000, Biard 2002, Robin 2002). Pourtant, là aussi, le poids des parti-pris, voire des légendes noires, depuis deux siècles, de même que la dispersion des sources et la nécessité d’une enquête appréhendant tout le territoire de la République semblaient devoir proscrire toute approche un tant soit peu « décapante ». Au-delà de la nouvelle perception par les historiens de cette institution clef des années 1793-1795, la seule étude par M. Biard du rythme des envois et rappels des missionnaires, ainsi que de la géographie des missions, rend le travail de Kuscinski obsolète pour tout ce qui touche à ces représentants du peuple (soit environ un conventionnel sur deux).

Enfin, à bien des titres, le projet ACTAPOL s’inscrirait aussi dans les courants historiographiques actuels. En effet, après les grandes études sociales des années 1950-1970, le renouveau des approches sociales et politiques des années 1990 a vu réapparaître l’intérêt historique pour les parcours singuliers, tandis que se délitaient en partie les écoles de pensée. Plusieurs travaux biographiques réalisés dans les années 1990 (évoqués ci-après), sous forme de thèses ou d’autres études, permettent aujourd’hui de modifier en profondeur le portrait de tel ou tel membre de la Convention nationale, y compris pour des personnages pourtant objets depuis deux siècles de véritables légendes noires. Ils témoignent, là encore, de ce que l’historiographie a pu, deux siècles durant, véhiculer des idées reçues, parfois caricaturales à souhait, des historiens se bornant à plagier leurs prédécesseurs sans mettre en œuvre de nouvelles recherches. Or, dans cette sorte de « vulgate » qui persiste à propos des membres de la Convention nationale, le dictionnaire de Kuscinski a trop souvent fait office de véritable « bible », en l’absence d’autres travaux de synthèse. Aujourd’hui, les dossiers biographiques revisités et les enquêtes ici mentionnées, notamment celles qui sont assorties d’une dimension prosopograhique, rendent à eux seuls urgente la nécessité de reprendre de fond en comble le travail de Kuscinski.

 

Description scientifique et technique

État de l’art

La césure entre républicains des lettres et militants n’est pas encore opérée à l’heure de l’Assemblée nationale constituante ; il faut attendre l’an III et la préparation de la Constitution qui va mettre en place le Directoire pour qu’apparaisse une véritable « classe politique », se pensant comme telle, qui se donne, par le décret des deux tiers, les moyens de perdurer dans ses fonctions électives. C’est bien des Conventionnels dont il s’agit, ceux du moins qui, souvent hommes de la Plaine mais pas seulement, sont sortis indemnes des oppositions fratricides entre Girondins et Montagnards, ou entre Montagnards eux-mêmes. Les interrogations sur les moments républicains, les sources des constructions idéologiques ont nourri depuis le Bicentenaire de la Révolution une abondante littérature de part et d’autre de l’Atlantique (Brunel, Monnier, Guilhaumou, Bosc, Deleplace, Serna, Baker, Censer, Pocock, Skinner, Van Kley). Les études biographiques ont connu un important renouveau dans les années 1990, leur sujet devenant le révélateur complexe du champ des possibles familiaux, sociaux, politiques ou culturels ouvert par la Révolution. Antonelle, Billaud-Varenne, Boissy d’Anglas, Collot-d’Herbois, Merlin de Douai, Sieyès, Grégoire, Condorcet, Fouché, Couthon, François de Neufchâteau, Lamourette, entre autres, ont bénéficié de solides travaux qui marquent l’élaboration d’une pensée politique, les réemplois idéologiques, la part d’opportunisme et de rejet des modes et habitudes anciennes, l’inscription dans le fait national, dans le temps long de la tradition ou le présent de la propagande (Serna, Brunel, Le Bozec, Biard, Leuwers, Guilhaumou, Plongeron, Badinter, Baker, Liris, Braconnier, Margairaz, Chopelin).

La publication des sources, entamée dès la Restauration avec la série des Mémoires des Conventionnels, dont plusieurs ont été régulièrement réédités, se poursuit : pensons au long et continu travail d’édification des Archives parlementaires qui, croisant comptes rendus des journaux et procès-verbaux manuscrits des séances, reconstituent les débats des Assemblées de la Révolution (pour l’heure jusqu’à l’automne 1794) ; à la publication des papiers personnels des législateurs, encouragée par la vogue des enquêtes sur le for privé (par exemple sur les livres de raison autour de F.-J. Ruggiu) : ainsi des riches archives russes ou italiennes de Jullien de la Drôme ou de Gilbert Romme (A.M. Bourdin, Ehrard, Rol-Tanguy). Autant de sources qui interrogent sur le rapport à l’histoire immédiate (Ph. Bourdin) et ouvrent plus largement sur la culture littéraire, religieuse et scientifique des serviteurs de la cause révolutionnaire. La publication en cours, par G. Feyel, de son Dictionnaire de la presse française en Révolution, permet d’envisager l’investissement militant de quelques-uns des Conventionnels dans les journaux provinciaux et aide à penser ce rapport multiforme entre Paris et les départements, qui a beaucoup été étudié pour le temps court de la révolte fédéraliste (sous la direction de R. Dupuy ou de l’UMR Telemme). Le travail ancien d’Aulard sur la Société des Jacobins, la synthèse de M. Kennedy, l’Atlas de la Révolution, les nombreuses thèses des années 1990 sur cette forme éminente de sociabilité politique au niveau local (Bianchi, Fournier, Pingué, Peyrard, Bourdin, Gainot, par exemple), la publication entreprise par le CTHS des procès-verbaux des clubs et des sociétés populaires, enrichissent un peu plus ce débat. Mais il est aussi focalisé sur quelques moments et questions clés de la Convention : l’affrontement Girondins-Montagnards (Mathiez 1930, Soboul 1980, Furet-Ozouf 1991), le 9 Thermidor et ses suites (Baczko, Luzzatto, Brunel, Bovykine, Vovelle), les martyrs de prairial (Lucas, Brunel, Goujon, Garrone, Ehrard).

Cependant, on attend pour les Conventionnels l’équivalent du portrait de groupe peint par T. Tackett pour les Constituants. Non que des travaux prosopographiques n’y invitent : ceux de Biard sur les 426 représentants en mission, de Leuwers sur les avocats nous incitent à aller au-delà de la biographie isolée, même si elle est le fil rouge d’enseignements plus généraux, à dépasser les âpres débats sans cesse poursuivis autour d’un Robespierre devenu malgré lui seule incarnation de la Terreur politique – ce qui, sans mésestimer la blessure portée au corps civique et aux familles endeuillées, est nier la responsabilité collective et rendre incompréhensible une politique « terroriste » dont les aspects économiques, sociaux, militaires et culturels sont volontiers oubliés. Mais le corpus des Conventionnels demeure incomplet, marqué par les héritages prolongés du XIXe siècle, des articles à charge et surtout à décharge issus souvent d’une érudition locale parfois peu scrupuleuse et avant tout polémiste, qui nourrit les dictionnaires Kuscinski, Hoefer ou l’inachevé Michaud. Tout en prenant en compte l’ensemble de leur parcours, de leur origine à leur carrière post-révolutionnaire, le dictionnaire issu du projet ACTAPOL entendrait mettre en évidence non seulement un parcours politique, mais s’intéresserait précisément aux actions, aux prises de position, aux participations aux comités, aux missions dans les départements, etc. Par ailleurs, le travail proposerait un inventaire de leurs écrits imprimés et de leur localisation dans les bibliothèques et archives, ainsi que la publication de sources qui ouvriraient de possibles prolongements aux recherches.

 

Objectifs, caractères ambitieux/novateur du projet

Le projet ACTAPOL poursuit trois objectifs. Le premier est l’établissement d’un Dictionnaire des Conventionnels, qui paraîtrait dans la collection du Centre international d’étude du XVIIIe siècle, dans une collection qui a notamment accueilli le Dictionnaire des Législateurs d’Edna Lemay (2007). La réalisation et la publication d’un tel ouvrage relève nécessairement d’un travail d’équipe, à mener simultanément en bibliothèque et dans les archives de Paris et de province : les séries L, F, J et les fonds notariés des dépôts départementaux seront particulièrement sollicités, soit des centaines de cartons ; aux Archives nationales, on s’attachera particulièrement aux cartons C 352 et 353, et aux sous-séries AD XVIII, AF II, AP, B II, D I, D III, F7. Encadrée par les trois partenaires, dont chacun prendrait chacun en charge une part de l’espace national (Nord-Est, Sud-Est, grand Ouest), l’enquête serait menée par des membres statutaires de leurs trois équipes et des enseignants-chercheurs associés à celles-ci, dont beaucoup ont déjà contribué à l’élaboration du Dictionnaire des Législateurs. Concrètement, après dépouillement de la bibliographie disponible, le travail doit s’opérer à deux niveaux. À chaque fois que cela est nécessaire, les origines familiales, le parcours de formation et les premières années de la carrière professionnelle ou de l’engagement politique du député doivent être reconstitués à partir des archives locales ou départementales ; une attention doit également être portée au parcours post-conventionnel du représentant du peuple. Le dictionnaire, cependant, entend également insister sur le déroulement de la carrière de chaque député à la Convention par le dépouillement des procès-verbaux de l’Assemblée, de la presse, des archives de clubs politiques, etc. ; pour la période de la Convention thermidorienne, l’enquête est d’autant plus délicate que l’on ne dispose pas encore des volumes des Archives parlementaires, et que le travail d’investigation doit s’opérer à partir des sources premières. Essentiellement menée à partir des fonds parisiens, cette seconde partie de l’enquête sera particulièrement confiée au post-doctorant recruté à dessein. La rédaction des notices se fera ensuite selon un plan uniforme, mis en place par Edna Lemay dans ses précédents travaux, qui présente successivement des informations familiales, le parcours de formation, la carrière avant 1789, la carrière au temps des deux premières assemblées révolutionnaires, celle au temps de la Convention, la carrière après 1795, puis les sources.

Les outils informatiques et le web permettent un traitement différencié des informations recueillies. Certes, l’essentiel se trouvera synthétisé dans les notices du dictionnaire papier, qui viendra compléter la liste des outils disponibles pour la connaissance des acteurs de la Révolution. Certaines données, cependant, seront communiquées par voie d’internet, et offriront aux chercheurs des informations complémentaires sur les Conventionnels. Trois bases de données complémentaires seront ainsi constituées. Une première présentera la bibliographie des députés de la Convention, et le lieu de conservation de leurs publications ; ces dernières sont très dispersées et conservées seulement en partie à la Bibliothèque nationale. Parmi les titres ainsi identifiés, une attention particulière sera accordée aux nombreux plaidoyers pro domo publiés au lendemain de la chute de la Gironde et surtout pendant l’an III, qui invitent à une réflexion sur l’écriture d’une histoire immédiate (Bourdin, 2009) et sur la constitution d’une mémoire de la Révolution (Luzzatto, 1991). Une seconde base de données bibliographique donnera cette fois accès aux travaux publiés (livres, articles) ou non (mémoires, thèses) sur les députés de la Convention. Enfin, la numérisation du fonds des Archives nationales constitué à la suite de la demande faite aux députés (C 352 et 353), en pr`iril en III, d’exciper de leur état civil, offre une source inégalable et jamais étudiée sur leur entourage familial, leur fortune et leur insertion sociale.

Comme l’ont montré les dictionnaires récemment publiés, l’outil de travail suscite l’émergence de nouvelles recherches et permet le renouvellement des synthèses ; en cela, l’outil proposé ouvrira à de nouvelles enquêtes sur les hommes de la Convention, sur les mouvances politiques à l’œuvre, etc. Pour une première valorisation et mise en perspective des recherches, le programme introduit d’ailleurs à certaines de ces interrogations, par l’organisation de trois journées présentées infra sur : Le député, ses territoires, ses électeurs : un intermédiaire en Révolution ; Absent ou silencieux : prudence et difficultés du choix politique ; Les Conventionnels après la Convention : adaptation, exclusion, mémoires.

 

Programme scientifique et technique

Programme scientifique et structuration du projet

Tâche n° 1 : Coordination du projet

La réalisation des tâches est répartie entre chacun des partenaires ; afin d’assurer la coordination d’ensemble, les trois initiateurs du projet prévoient, au troisième trimestre de chaque année du contrat, une réunion qui permettra de faire le point sur l’avancée des recherches et le respect de leur calendrier.

 

Tâche n° 2 : Établissement d’un dictionnaire des Conventionnels

–    établissement du corpus

–    collecte des données dans les archives des divers départements, ainsi que dans les Archives nationales, les procès-verbaux publiés de la Convention et la presse.

–    Croisement des informations recueillies avec les informations disponibles dans la bibliographie.

–    établissement des notices biographiques, selon une grille préétablie qui reprend celle utilisée dans les deux premiers dictionnaires des députés de l’époque révolutionnaire.

–    édition du dictionnaire biographique, précédé d’une introduction.

 

Tâche n° 3 : Édition en ligne de documents permettant de compléter le dictionnaire

–    réalisation de notices bibliographiques informatisées. À la fois bibliographie sur les Conventionnels (travaux d’historiens) et bibliographie des Conventionnels (sources). Mise en ligne.

–    numérisation du fonds Prairial an III – transcription, puis publication électronique de documents manuscrits. Mise en ligne par l’intermédiaire d’un prestataire de service sollicité pour l’occasion (voir infra).

 

Tâche n° 4 : Trois journées d’études

–    Le député, ses territoires, ses électeurs : un intermédiaire en Révolution (Lille)

–    Absent ou silencieux : prudence et difficultés du choix politique (Rouen)

–    Les Conventionnels après la Convention : adaptation, exclusion, mémoires (Clermont-Ferrand)

 

Coordination du projet

La coordination du projet est assurée par Michel Biard, Philippe Bourdin et Hervé Leuwers, tous trois investis à 40 % de leur temps de recherche. La coordination d’ensemble sera assurée par Hervé Leuwers, à partir du laboratoire IRHiS UMR-CNRS 8529.

Le partage des tâches s’opèrera de la manière suivante :

– Hervé Leuwers, outre la coordination générale, assurera l’encadrement du post-doctorant, la coordination des recherches sur les Conventionnels issus d’une trentaine de départements du Nord et de l’Est (dont Paris) et aura la responsabilité de la première journée d’étude.

– Philippe Bourdin assurera la coordination des recherches sur les Conventionnels dans la trentaine de départements Sud-Est (tâche 2) et aura la responsabilité de la troisième journée d’étude.

– Michel Biard assurera la coordination des recherches sur les Conventionnels du grand Ouest (tâche 2) et aura la responsabilité de la deuxième journée d’étude.

La responsabilité de la tâche 4 sera confiée à :

– Pascal Dupuy, pour la bibliographie sur les Conventionnels.

– Laurent Brassart, pour les écrits des Conventionnels.

– Karine Rance, pour le traitement du fonds des Archives nationales consacré à l’état-civil des élus (C 352 et 353).

 

Description des travaux par tâche

Par souci d’efficacité et nécessité de couvrir l’ensemble du territoire, chacune des tâches envisagée est géographiquement partagée entre les trois partenaires, les trois principaux responsables se réunissant périodiquement pour faire le point sur l’avancée des travaux, leur distribution entre partenaires associés (notamment A. Simonin, A. de Mathan, D. Pingué, P. Chopelin, le post-doctorant) et vérifier la commune mise aux normes des données recueillies.

 

Tâche n° 1 : Coordination

Afin de suivre la réalisation du programme de recherche, le coordinateur assurera l’articulation des travaux engagés par les trois partenaires de l’équipe ACTAPOL. Le suivi s’opérera sur l’ensemble de l’année ; une réunion formelle, organisée au cours du troisième trimestre de chaque année, sera plus particulièrement destinée à faire le point précis sur l’avancée des travaux et le respect du calendrier.

 

Tâche n° 2 : Etablissement d’un dictionnaire des Conventionnels (M. Biard, P. Bourdin, H. Leuwers)

Étape n° 1 : Établissement du corpus

Aucune liste exhaustive des députés élus et ayant siégé à la Convention n’existe. On connaît certes les élus de septembre 1792, mais un certain nombre ont, au cours de la législature, été remplacés pour des raisons diverses ; ces suppléants ayant siégé ne sont pas toujours pris en compte dans les dictionnaires existants et notamment dans le Kuscinski, alors que le chercheur les rencontre dans les débats révolutionnaires.

Étape n° 2 : Collecte des données dans les archives des divers départements, ainsi que dans les Archives nationales, les procès-verbaux de la Convention et la presse

Nos connaissances sur les députés de la Convention sont actuellement partielles, voire fautives, particulièrement pour ceux qui n’ont pas siégé dans les deux premières Assemblées révolutionnaires. Un important travail de dépouillement en archives et en bibliothèque s’impose pour connaître le parcours politique de ces hommes en révolution, mais également pour reconstituer leur parcours social, familial, politique et culturel de part et d’autre des années 1792-1795.

Étape n° 3 : Croiser les informations recueillies avec les informations disponibles dans la bibliographie

De nombreux travaux d’historiens et d’érudits ont été consacrés aux Conventionnels. Un premier travail sera d’inventorier cette bibliographie immense et pourtant incomplète, souvent cachée dans les revues d’histoire locales ou régionales, les bulletins académiques, pour certains peu référencés et difficilement accessibles. Les données ainsi recueillies seront confrontées aux sources archivistiques.

Étape n° 4 : Établir les notices biographiques, selon une grille préétablie qui reprend celle utilisée dans les deux premiers dictionnaires des députés de l’époque révolutionnaire

Afin de permettre une utilisation comparée des corpus établis pour les assemblées constituante et législative, les notices des Conventionnels seront structurées selon les normes établies par Edna Lemay pour les deux dictionnaires déjà publiés, même si la recherche permettra également la publication d’outils bibliographiques et de documents en ligne complétant les notices imprimées (voir infra, tâches 3 et 4).

Étape n° 5 : Édition du dictionnaire biographique, précédé d’une introduction, d’une chronologie et d’un appareil critique et d’annexes

L’édition du dictionnaire biographique des députés de la Convention ayant siégé (environ 800), serait assurée par un éditeur qui dispose d’une expérience importante en matière d’édition d’outils de travail, mais aussi d’une reconnaissance internationale forte. En l’occurrence, contact a été pris avec Andrew Brown, directeur du Centre international d’étude du XVIIIe siècle (Ferney-Voltaire), qui a récemment édité le Dictionnaire des législateurs (2007, 2 vol.) et assure actuellement l’édition du Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution (G. Feyel, dir., t. I, 2005) ; l’éditeur accepterait d’accueillir, sous forme de 2 volumes, le futur Dictionnaire des Conventionnels dans sa collection « Publications du centre international d’étude du XVIIIe siècle ».

 

Tâche n° 3 : Édition en ligne de documents permettant de compléter le dictionnaire (L. Brassart, P. Dupuy, K. Rance)

Étape n° 1 : Réalisation de notices bibliographiques informatisées. À la fois bibliographie sur les Conventionnels, et bibliographie des Conventionnels (sources)

Pour établir les notices du dictionnaire, un double travail bibliographique s’impose. Il faut d’une part d’identifier les publications des Conventionnels (et leurs lieux de conservation), non seulement du temps de leur mandature, mais aussi en amont et en aval. D’autre part, les travaux d’érudits et d’historiens sur chacun de ces Conventionnels feraient également l’objet d’un repérage.

Étape n° 2 : Numérisation du fonds Prairial an III : Saisie des déclarations manuscrites conservées aux Archives nationales (C 352 et 353).

Étape n° 3 : Mise en ligne

L’un et l’autre de ces corpus de documents, après avoir été consultés pour l’établissement des notices, feraient l’objet d’un classement et d’une publication en ligne avec moteur de recherche nominatif et géographique pour retrouver les députés parmi les centaines de sources bibliographiques ou archivistiques recensées. La mise en ligne serait effectuée sur un site internet conçu avec la collaboration d’un prestataire de service, sollicité pour l’occasion. Le nom du site est réservé (révolution-française.fr).

 

Tâche n° 4 : Trois journées d’étude (responsables : M. Biard, P. Bourdin, H. Leuwers)

Étape n° 1 : Le député, ses territoires, ses électeurs : un intermédiaire en Révolution (Lille, septembre 2012 ; responsable H. Leuwers)

Contrairement à l’idée bien ancrée, selon laquelle la Convention impose une centralisation forte, chaque représentant du peuple demeure étroitement lié à son électorat, à sa ville d’origine et à son département – voire à d’autres territoires -, sans avoir pour autant de mandat impératif. Ce sont des liens multiples, qui se manifestent notamment par la correspondance, les interventions pour et dans la presse, les liens avec les sociétés politiques et les autorités locales et la participation aux débats lorsqu’ils concernent les enjeux locaux. Les déplacements des élus en province sont en temps ordinaire l’occasion de construire une image du pouvoir, proche ou sacralisée, mais aussi – en temps extraordinaire – de diffuser localement les principes et les lois, particulièrement dans le moment de la Terreur. De ce point de vue, il pourrait être intéressant de s’interroger sur le cas particulier des envois de représentants en mission dans leur département d’élection.

Étape n° 2 : Absent ou silencieux : prudence et difficultés du choix politique (Rouen, septembre 2013 ; responsable M. Biard)

L’historiographie, soucieuse d’isoler des groupes ou des mouvances politiques, transformées pour l’occasion en acteurs essentiels de la vie politique nationale, classe les députés en fonction de leurs prises de parole et de leurs votes, notamment au moment des appels nominaux. Pourtant, à des moments décisifs de l’histoire politique de la Convention, les appartenances politiques ne peuvent se déduire des seules interventions au sein de l’Assemblée, dans la presse et dans les clubs. Le silence est-il d’or pour ceux qui veulent se protéger, à l’heure où l’on demande à chacun d’afficher son camp ? Dans quelle mesure l’absence en séance, quelle qu’en soit la raison affichée – maladie, retour de mission différée, participation aux comités… –  peut-elle être une arme pour éviter des choix susceptibles d’entraîner des accusations ultérieures ? On se souvient du mot attribué à Sieyès, en réponse à celui qui lui demandait ce qu’il avait fait pendant la Terreur : « J’ai vécu ». La question aurait pu être posée à beaucoup d’acteurs provinciaux qui agissent pareillement, comme en témoignent les procès-verbaux des sociétés politiques où la question de l’absentéisme est récurrente.

Étape n° 3 : Les Conventionnels après la Convention : adaptation, exclusion, mémoires (Clermont-Ferrand, septembre 2014 ; responsable P. Bourdin)

Davantage que leurs prédécesseurs, les Conventionnels ont ressenti le besoin, vers la fin de leur existence et après un parcours politique souvent complexe, de revenir sur leur carrière et de justifier – implicitement ou non – leurs prises de position ou leur action ; c’est une mémoire de la Révolution vécue qu’ils écrivent sous l’Empire, la Restauration ou au-delà. À cette mémoire reconstruite, notamment étudiée par Sergio Luzzatto (1988, trad. fr. 1991), il faut confronter l’écriture d’une histoire immédiate telle que l’ont pratiqué nombre de Conventionnels dans l’adversité, que ce soit aux lendemains de l’éviction des Girondins de l’Assemblée, du 9 Thermidor puis des journées populaires du printemps 1795. Autant de plaidoyers pro domo qui permettent de répondre aux accusations au sein de la Convention, à celles venues des départements et éventuellement de se repositionner politiquement, fut-ce au prix d’une éventuelle réécriture de l’histoire.

 

Stratégie de valorisation des résultats

Publication d’un outil de travail papier : le Dictionnaire des Conventionnels

Pour un outil de travail s’inscrivant dans la continuité des deux publications antérieures, uniquement disponibles sous format papier, il nous a semblé préférable de choisir ce support pour lequel nous avons obtenu l’accord d’un éditeur prestigieux et spécialisé dans ce type de publication universitaire. Le Dictionnaire est conçu pour un large public d’enseignants-chercheurs, d’étudiants, d’érudits et de curieux. La large diffusion des volumes sur l’Assemblée nationale constituante et la Législative prouve qu’il peut devenir un outil de travail mis à disposition de tous en bien des bibliothèques et dépôts d’archives.

 

Publication d’un outil de travail informatique, mis en ligne : bibliographies et documents numérisés

Afin de compléter les références bibliographiques présentes dans les deux volumes papier, un outil de travail informatique sera mis en ligne. Il permettra l’accès aux références des écrits des Conventionnels et des travaux qui leur ont été consacrés, ainsi qu’à un ensemble de documents numérisés. Le site qui en offrira l’usage sera gratuitement ouvert à tous.

 

Publication des actes des trois journées d’étude, et valorisation par des articles de synthèse dans des revues étrangères

Les actes des trois journées d’étude seraient publiés aux Presses universitaires Blaise-Pascal, dans la collection « Histoires croisées », qui dispose d’un important catalogue notamment dévolu à la Révolution française, d’une visibilité reconnue et d’un réseau de diffusion permettant l’achat des ouvrages par l’ensemble des librairies françaises ou étrangères, et leur consultation dans bien des bibliothèques publiques. Le choix d’un même éditeur permettra une identification forte des résultats de ces rencontres qui serait renforcée, au niveau international, par la publication de trois articles de synthèse en anglais coécrits par les porteurs du projet et soumis à des revues traditionnellement ouvertes aux échanges historiographiques et à l’espace français : French Historical Studies, French History.

 

Organisation du partenariat

Les trois partenaires

> Institut de recherches historiques du Septentrion (IRHiS-UMR 8529 – CNRS), Université Lille 3 (direction : Daniel Dubuisson).

Issu du regroupement de trois équipes de l’Université Lille 3 spécialisées en histoire et histoire de l’art, l’Institut de recherches historiques du Septentrion (IRHiS) est devenu officiellement Unité Mixte de Recherche (UMR 8529 CNRS – Lille 3) le 1er janvier 2006. Son potentiel humain de 60 chercheurs et enseignants-chercheurs, 15 post-doctorants et 110 doctorants s’organise en trois équipes : Histoire de l’art : formes, dynamiques, interprétation ; Activités économiques, dynamiques sociales, échanges ; Du local aux empires. Traditionnellement, les études révolutionnaires forment un important pôle de cristallisation des recherches, matérialisé par l’un des quatre « projets transversaux » (dir. Sophie Raux, Hervé Leuwers) : Réformes et révolutions en Europe et aux Amériques, du Moyen Âge au XXe siècle.

C’est dans ce cadre que se poursuivent les recherches consacrées au temps des Révolutions. Ces dernières années, elles ont été notamment marquées par la série de rencontres consacrées au passage du Directoire au Consulat (J.P. Jessenne, J. Bernet, H. Leuwers et alii (dir.), Du Directoire au Consulat, 1999-2001, 4 vol.), par un colloque consacré au changement social en temps de Révolution (J.P. Jessenne (dir.), Vers un ordre bourgeois, 2007) et une table-ronde sur l’émergence de professions nouvelles dans la France et la Belgique de l’époque révolutionnaire (H. Leuwers (dir.), Expériences spécifiques et partagées, 2010).

 

> Centre d’histoire Espaces et Cultures (CHEC), EA 1001, Université Blaise Pascal (Clermont 2) (direction : Philippe Bourdin).

Fort de plus de cinquante enseignants-chercheurs (archéologues, historiens, historiens de l’art, musicologues) et d’autant de doctorants, le CHEC développe actuellement quatre axes de recherche : histoire socio-politique ; sensibilités et sociabilités religieuses ; usages et représentations de l’espace : approches historiques et archéologiques ; pratiques artistiques : acteurs et réseaux. Les recherches sur la Révolution française sont un élément structurant du premier et du quatrième axe, et donnent lieu à des collaborations régulières avec l’Institut d’histoire de la Révolution française (Paris I), le Musée de la Révolution française (Vizille) et la Société des études robespierristes. La période tient, il est vrai, une place à part dans l’historiographie clermontoise depuis les années 1960 et les nombreuses manifestations scientifiques et publications conduites par Albert Soboul, co-fondateur du Centre de Recherches Révolutionnaires et Romantiques. Ce centre, aujourd’hui disparu en tant que tel, avait été privé à partir de 1991 des historiens, poussés par le MEN à fonder leur propre équipe pour mieux justifier d’un troisième cycle. Les partenariats avec les littéraires sont cependant demeurés actifs, permettant de distinguer Clermont 2 dans le champ consacré aux études sur la littérature et surtout le théâtre révolutionnaires et impériaux (Les arts de la scène et la Révolution française, et La scène bâtarde entre Lumières et romantisme, 2004 ; Réseaux et sociabilité littéraire en Révolution, 2007 ; Triolaire, 2010). Aujourd’hui, une base de données prosopographiques sur les théâtres provinciaux sous la Révolution et l’Empire est en construction, des collaborations nouées avec la Comédie-Française.

Mais c’est l’histoire des cultures politiques qui a sans nul doute été la plus féconde. Les travaux (thèses, maîtrises, masters) abondent sur la sociabilité révolutionnaire (sociétés populaires, comités de surveillance, gardes nationales, assemblées électorales, suspects et suspicion, suivi de la cohorte des anciens élèves de l’École royale militaire d’Effiat) et ont conduit à la publication de plusieurs colloques (Romme, 1995 ; Desaix, 2001), mémoires et thèses consacrés pour partie ou en totalité à l’exemple auvergnat (Jarrousse sur les prisonniers de guerre étrangers, 1998 ; Bourdin sur les prêtres patriotes, 2000 ; Ciotti sur les levées d’hommes, 2001 ; Coquard sur les justices de paix, 2001). Les enquêtes les plus récentes portent sur la noblesse en Révolution : analyse des carnets d’émigration du comte d’Espinchal, de l’établissement italien du comte de Pontgibaud, de la symbolique spatiale et sociale des châteaux, publications de synthèse sur Lafayette entre deux mondes et Les noblesses françaises en Révolution, en 2009-2010. Après avoir posé la première pierre du renouvellement des études sur le Directoire (La République directoriale, 1998), le CHEC a mené ou favorisé la publication de plusieurs enquêtes sur l’apprentissage de la démocratie et la violence socio-politique (L’Incident électoral, 2001 ; Le Secret en République, 2004 ; La voix et le geste, 2005), sur l’écriture par les révolutionnaires d’une histoire immédiate (Bourdin (dir.), 2008), et coordonne la publication de la correspondance du Conventionnel Gilbert Romme, dispersée entre la France, l’Italie et la Russie, dont trois volumes sont déjà parus (2006 et 2009).

 

> Groupe de Recherches d’Histoire (GHRis) – Université de Rouen. Equipe d’accueil 3831 (direction : Elisabeth Lalou).

L’équipe du GRHis rassemble les historiens de cette Université, toutes périodes confondues, et travaille sur les identités et pratiques sociales. Ses recherches sont réparties en trois axes, subdivisés en thèmes : Identité, patrimoine, territoire / Changements et régulation sociale / Anthropologie historique des identités. Les travaux portant sur la Révolution française prennent place dans l’axe 2, avec un sous-axe spécifique (Révolutions, communautés et État) placé sous la direction du professeur Michel Biard.

Depuis sa fondation dans les années 1960, l’Université de Rouen a toujours accordé une place importante aux recherches sur la Révolution française. Aussi est-elle devenue l’un des centres majeurs d’études pour cette période, avec une forte reconnaissance nationale et internationale, notamment sous la direction des professeurs Claude Mazauric, Guy Lemarchand, Jean-Pierre Jessenne, puis Michel Biard. Un grand nombre de publications, journées d’étude et colloques attestent cette importance. Récemment, Michel Biard et les chercheurs qui l’entourent ont organisé un colloque international consacré aux politiques de la Terreur (2007) et trois journées d’étude successives (sur les représentations de l’homme politique en 2005, les attitudes des journalistes et écrivains face aux violences d’État en 2006, la fête de la Fédération en 2008). L’ensemble a été publié, aux Presses Universitaires de Rennes pour le colloque, aux Presses Universitaires de Rouen-Le Havre pour les journées d’étude (dans la collection des Cahiers du GRHis). Dans le cadre de cette tradition des études révolutionnaires à Rouen, de nombreux travaux de maîtrise et DEA, puis de masters, enfin des thèses, ont été et sont encore chaque année consacrés à la Révolution française (sous la direction du professeur Michel Biard, trois thèses soutenues à l’automne 2009, sept actuellement en cours dont cinq portant sur la période révolutionnaire). Il va donc de soi que de jeunes chercheurs du GHRis pourraient tout naturellement trouver place dans le présent projet, notamment des étudiants réalisant leur master.

 

Les trois partenaires ont une habitude de travail en commun acquise dans la gestion de la Société des études robespierristes et des Annales historiques de la Révolution française, dans lesquelles ils assurent les principales responsabilités depuis une décennie. La SER, société reconnue d’utilité publique, regroupant des chercheurs et universitaires du monde entier spécialisés dans l’histoire de la Révolution française et des révolutions des années 1770 à l’aube du XIXe siècle, organise régulièrement colloques et journées d’étude. Elle en assure l’édition, tantôt dans ses collections, tantôt en partenariat avec d’autres éditeurs : Champ Vallon, Presses universitaires de Rennes, Publications de la Sorbonne, La Découverte … De même, elle publie des thèses – couronnées par le prix Albert Mathiez – et autres travaux inédits, ainsi qu’une revue trimestrielle, soutenue par le CNRS et le CNL, les Annales historiques de la Révolution française. Éditée et diffusée désormais par Armand Colin, elle est également disponible, pour son fonds ancien, sur Persée et bientôt sur CAIRN.

Philippe Bourdin, après avoir été directeur des AHRF (1999-2005), a pris en charge en 2005 la présidence de la SER. Michel Biard, d’abord secrétaire de rédaction de la revue (1999-2005) en a pris la direction depuis 2005. Hervé Leuwers, d’abord membre du comité de rédaction (2002-2005), dirige depuis 2005 la rédaction de la revue.

Ces trois enseignants-chercheurs ont mené à bien des recherches biographiques et prosopographiques, et continuent à travailler sur ces chantiers. Leur implantation dans des universités situées dans trois espaces géographiques provinciaux, et leurs travaux respectifs portant sur la vie politique locale et nationale, et sur l’articulation entre ces différents territoires, les ont depuis convaincus de la complémentarité des différentes échelles territoriales de l’analyse historique.

Chacun des centres de rattachement des trois partenaires dispose d’une longue tradition d’études révolutionnaires et d’une expertise reconnue en la matière, dans des champs complémentaires : l’histoire politique et culturelle à Clermont-Ferrand, l’histoire politique et sociale à Rouen, l’histoire économique et socio-politique à Lille. De nombreuses manifestations ont associé les chercheurs des trois centres, voire ont été organisées en collaboration et dans une continuité scientifique. Ainsi, les grands colloques organisés à propos du Directoire se sont déroulés successivement dans ces trois centres : La République directoriale, à Clermont-Ferrand en mai 1997 (Bourdin, Gainot, dir., 1998, 2 vol.) ; Du Directoire au Consulat, à Valenciennes en mars 1998, à Lille en mars 1999 et à Rouen en mars 2000 (Jessenne, Bernet, Leuwers, et alii., dir., 1999-2001, 4 vol.)

 

Qualification du coordinateur du projet

Si chaque partenaire assure une part des responsabilités collectives, la fonction de coordination revient à Hervé Leuwers.

Plus que sur la personne même du coordinateur, le choix repose sur la proximité géographique de l’Université de Lille avec Paris, où travaillera le post-doctorant, et sur l’appui technique que pourra apporter le laboratoire IRHiS (UMR CNRS 8529) dans la gestion du dossier, mais aussi dans l’appui qu’il fournira aux différents partenaires, notamment en matière de formation au logiciel filemaker-pro.

Quant à Hervé Leuwers, coordinateur en titre du projet, il a depuis son entrée à l’Université participé à la conception, à l’organisation, à l’animation et à la publication de plusieurs travaux collectifs : il s’agit de colloques , de journées d’étude  mais aussi d’ouvrages collectifs  ; il a également participé à de grandes enquêtes collectives, comme le Dictionnaire des Législateurs d’Edna Lemay (2007) ou comme le Dictionnaire de la presse française pendant la Révolution, 1789-1799 (t. 2, à paraître en 2010), dans lequel il a coordonné les recherches pour le Nord et le Pas-de-Calais.

Les différentes responsabilités scientifiques (rédacteur en chef des AHRF, depuis 2005), pédagogiques (diverses charges d’année ou présidences de jury) ou administratives (chargé de mission Patrimoine de l’Université Lille 3, depuis 2008), l’ont également préparé à assurer ces fonctions de coordination.