Groupe de Recherche en Histoire
de l’Université de Rouen Normandie

Philippe de Champaigne. Lieux, Faces, Objets

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Philippe de Champaigne. Lieux, Faces, Objets

Présentation

Les études sur Philippe de Champaigne sont encore partagées entre le double héritage de Bernard Dorival et de Louis Marin. Le premier est l’auteur du catalogue raisonné de l’œuvre du peintre et de la première tentative de synthèse à son sujet (Philippe de Champaigne : 1602-1674. La vie, l’œuvre et le catalogue raisonné de l’œuvre, 1976). Il a mis au jour nombre d’éléments biographiques, s’attachant aussi bien au contexte des commandes qu’à la culture de Champaigne, à ses sources tant littéraires qu’artistiques, à son évolution stylistique, à l’interprétation et à la réception de son œuvre. Le second, dans les mêmes années et jusque dans son ultime ouvrage posthume (Philippe de Champaigne ou la présence cachée, 1995), s’est emparé d’une partie du corpus du peintre afin de construire une toute autre lecture. D’ordre plus théorique, informée par la sémiotique, elle est attentive aux dispositifs de représentation, à la tension entre « présence » et « opacité », aux enjeux méta-picturaux, mais aussi théologiques : une « mise à l’épreuve de la représentation par la présence cachée », les conditions de l’advenue d’ « une secrète épiphanie » au sein de « la structure même » de la représentation.

Plusieurs travaux d’importance se sont depuis succédés. La monographie de Lorenzo Pericolo (Philippe de Champaigne. « Philippe, homme sage et vertueux ». Essai sur l’art et l’œuvre de Philippe de Champaigne (1602-1674), 2002), tout comme l’exposition conçue par Alain Tapié et Nicolas Sainte Fare Garnot à Lille et à Genève (Philippe de Champaigne (1602-1674). Entre politique et dévotion, 2007), aspiraient à une nouvelle synthèse actualisée sur le peintre. Les expositions imaginées par Dominique Brême (À l’école de Philippe de Champaigne, 2007) et Frédérique Lanoé (Trois maîtres du dessin, 2009) avaient une ambition plus spécifique, s’attachant au riche milieu des collaborateurs, élèves, disciples, assistants et graveurs associés à Champaigne. Un autre grand domaine des études consacrées à Champaigne porte sur ses liens avec les milieux de Port-Royal et plus largement avec le « jansénisme ». Si toutes les études s’accordent depuis longtemps à relativiser ces relations, qui ne furent ni immédiates, ni constantes, ni exclusives, il est frappant de constater à quel point la figure de Champaigne reste indissociable de Port-Royal dans l’historiographie moderne : de l’exposition conçue par Bernard Dorival au musée des Granges de 1957, à celle dirigée par Philippe Le Leyzour et Claude Lesné dans le même lieu en 1995, et jusqu’au colloque dirigé par Marianne Cojannot-Le Blanc en 2011, Philippe de Champaigne ou la figure du peintre janséniste.

Il demeure, cependant, bien des aspects particuliers des œuvres à scruter. Le colloque Philippe de Champaigne : Lieux, Faces, Objets s’emploie ainsi à proposer des études de cas inédites, menées aussi bien par des spécialistes du peintre que par des chercheurs actifs dans d’autres champs disciplinaires : littérature, spiritualité, philosophie, histoire, histoire de l’art, restauration. Cette diversité fait le pari d’autoriser renouvellements et vues singulières.

Envisager les Lieux du peintre doit permettre de considérer frontalement espaces, paysages, institutions, et bien sûr le « site de la peinture » et le « lieu de la présence » (Louis Marin) elle-même.  – Autant de lieux que Champaigne a pu habiter, parcourir, représenter, construire picturalement, entre lesquels ses œuvres ont pu circuler, changer de sens, ouvrir des voies ou lancer des passerelles. Autant que des sites, ce sont des cheminements que nous voudrions mettre au jour.

Le volet Faces doit permettre de poser la question de ce qui « fait face » chez Champaigne : visages, portraits, frontalité, ou surface picturale, voire l’élaboration d’antagonismes entre ses sujets – face à face – selon leurs choix théologiques, spirituels ou artistiques.

Enfin, en invitant à observer les Objets chez Champaigne, surgit la culture matérielle que ses tableaux figurent, à l’univers des choses et des accessoires possédés, manipulés et représentés, sans négliger la peinture elle-même comme, à la fois, objet physique et « objet théorique » (Hubert Damisch).

Les propositions reçues ont été organisées en six sections, réparties sur deux journées : Théories ; Écritures/Peintures ; Objets ; Ex-Voto ; Saintetés ; De l’atelier à l’au-delà.

Un concert sera donné par Stéphane Fuget (Les Épopées) et Claire Lefilliâtre (soprano) lors de la soirée conclusive du 30 mai.

Programme

Vendredi 29 mai 2026

Accueil : Laurence Plazenet & Frédéric Cousinié.

Table ronde introductive : « Philippe de Champaigne : Vingt ans après ».

Avec la participation de Marianne Cojannot-Le Blanc (Université Paris Nanterre) ; Lorenzo Pericolo (Florida State University, Tallahassee) ; Nicolas Sainte-Fare Garnot (Conservateur honoraire du Musée Jacquemart-André). Modérateurs : Laurence Plazenet (Université Clermont Auvergne) et Frédéric Cousinié (Université de Rouen Normandie).

Présidence :

Nicolas Sainte-Fare Garnot (Conservateur honoraire du Musée Jacquemart-André)

Théories

  • Patricia Touboul (Université Paul Valéry Montpellier),
    « Philippe de Champaigne, théoricien de la peinture » (visioconférence).
  • Marianne Cojannot-Le Blanc (Université Paris Nanterre),
    « Philippe de Champaigne : peindre l’histoire quand tout est déjà écrit ».

Objets

  • Constance Cagnat-Deboeuf (Sorbonne Université) et Anne-Claire Volongo (Conservateur en chef des bibliothèques, SAPR),
    « La lune et ses voiles, le mystère sainte Julienne » (visioconférence).
  • Gabriel Batalla-Lagleyre (Université de Lausanne),
    « Linges, langes, louanges. Mystique et esthétique de Jésus au maillot dans la peinture de Philippe de Champaigne ».
  • Frédéric Cousinié (Université de Rouen Normandie),
    « Objets, détails techniques et agencements chez Philippe de Champaigne ».

Écritures/Peintures

  • Philippe Comar (École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris),
    « L’Image du Verbe dans la peinture de Philippe de Champaigne ».
  • Xavier Vert (École des Beaux-Arts de Nantes/EHESS),
    « L’image logophore, entre histoire et dévotion. Philippe de Champaigne, Moïse et les tables de la Loi ».
  • Richard Neer (University of Chicago),
    « Legibility and Acuity: Champaigne’s Hebrew Inscriptions ».

Samedi 30 mai 2026

Présidence :

Lorenzo Pericolo (Florida State University, Tallahassee) 

Ex-Voto 

  • Anne le Pas de Sécheval (Université de Paris Nanterre),
    « Le Vœu de Louis XIII en contextes, de la commande à la réception. Réflexions sur quelques documents inédits » (visioconférence).
  • Suzanne Martin-Vigier (Université de Poitiers),
    « L’Ex-voto de 1662 de Philippe de Champaigne : quand les objets de dévotion révèlent la présence divine ».

Saintetés

  • Émilie Chedeville (Inventaire, Région Nouvelle-Aquitaine),
    « Vera gratia plena es : configuration de l’Assomption de Philippe de Champaigne pour la Chartreuse de Bordeaux ». 
  • Marika Knowles (University of St Andrews),
    « Rupture, Restraint, and Performance in Philippe de Champaigne’s depictions of Mary Magdalene ».

Présidence :

 Nathalie Genet-Rouffiac(directrice du Musée national de Port-Royal des Champs)

De l’atelier à l’au-delà

  • Nicolas Sainte-Fare Garnot (Conservateur honoraire du Musée Jacquemart-André),
    « Leçons à propos d’un Sacrifice d’Abraham inédit ».
  • Laurence Plazenet (Université Clermont Auvergne),
    « Intérieurs avec vue : les échappées paysagères chez Philippe de Champaigne ».
  • Alberto Frigo (Università degli Studi di Milano),
    « Vision to narrative. Philippe de Champaigne et le tableau de vision ».

Le colloque, sous la direction scientifique de Laurence Plazenet (Université Clermont Auvergne, IHRIM, UMR 5317) et de Frédéric Cousinié (Université de Rouen Normandie), est accueilli au château de Bournazel (Aveyron) grâce à la générosité de Gérard et Martine Harlin, au soutien de l’IHRIM, de l’Université de Rouen Normandie (GHRIS) et de la Société des Amis de Port-Royal.