
Parution chez Droz du livre de Marie Malherbe, issu de sa thèse de doctorat en co-tutelle avec Venise et soutenue à l’université de Rouen Normandie : Le jeu de la pourpre et du bâtard. L’aristocratie vénitienne face à ses enfants illégitimes au siècle de Casanova, et qui a reçu le prix de l’Université Franco-Italienne.
Présentation
Au dernier siècle de son existence, la République aristocratique de Venise est un chef-d’œuvre de contradictions. Le pouvoir supposément collégial se concentre entre les mains de quelques familles oligarchiques ; la crispation sur la naissance patricienne se heurte à l’anoblissement de nouveaux venus ; l’État fait la police des mœurs dans une capitale du divertissement où le masque est une seconde nature. Sous ce décor en trompe-l’œil sévit une crise économique sans précédent qui mène le système à son point de rupture. Les enfants illégitimes de père patricien sont l’incarnation paroxystique de ces contradictions politiques et anthropologiques. Leur place ne fait plus consensus : les déclassés de la pourpre deviennent les inclassables du nouveau désordre aristocratique. Au point que certains – et certaines – sortent du silence et se pourvoient en justice contre la casa qui s’évertue à les ignorer. C’est à partir de ces sources judiciaires inédites que l’enquête est ici menée. Cette approche novatrice, qui embrasse la société vénitienne du doge à la sage-femme, permet d’entendre les voix de ceux et celles qui ne devaient jamais en avoir. Voix improbables, aussi baroques que l’époque dont elles disent l’esprit, et présentées avec brio à la manière de drammi per musica.
Sommaire
- Préface
Introduction
- L’objet d’étude et l’état de la recherche
- Les sources : des archives inédites
- L’enjeu du patriciat : législateur, juge et partie
- La matière juridique : flou normatif et ambiguïtés de la «jurisprudence»
- La méthode : tentative d’approche pluri-disciplinaire
- Ouverture. Les stampe in causa, des sources pour l’anthropologie historique de la parenté au dernier siècle de la république (1718-1797)
- Stampe in causa et secrets de famille : la dialectique de la preuve et du tabou
- La stampa et l’aristocratie : procès et politique
- La stampa et la ville : cris et chuchotement
- La stampa et la scène : plaidoirie et performance
- Stampe in causa et justice des familles : pièges et trésors d’une source baroque
- Larmes d’Aphrodite et moments de rupture : des perles pour l’histoire
- Le patricien, la casa, la République : un emboîtement d’arbitrages
- Des sources partiales et partielles : feuille de route et mises en garde
- Conclusion
PREMIÈRE PARTIE LE TEMPS DES PATRIARCHES OU L’ÂGE DES PROCÈS FONDATEURS (1694-1755)
Chapitre premier. Pellegrin Morosini. Le bâtard oublié du Procurateur (1694-1732)
- Ouverture : L’Amante Eroe
- Prologue
- Premier tableau : Le temps du père. Le procurateur Angelo Morosini ou la transmission comme art de l’extrême
- Acte Ier – Angelo Morosini ou l’art du gendre (1669-1677) Premier intermède – Du fidéicommis comme utopie permanente
- Acte II – Angelo Morosini ou l’art du bâtard (1672-1690) Second intermède – De la paternité comme «coup d’état » permanent
- Acte III – Angelo Morosini ou l’art du patriarche (1691)
- Suite de danses – L’« Ancien » Testament d’Angelo Morosini, ou les Dix Commandements du dernier des Patriarches
- Second tableau : Le temps du fils. Le bâtard Pellegrin Morosini ou la justice comme jeu de patience
- Acte Ier – Pellegrin face à ses demi-sœurs légitimes (1724-1726) : à la recherche du sang perdu
- Intermède – Du testament comme moyen de pression
- Acte II – Pellegrin contre ses neveux légitimes (1726-1731) quatre arbitrages et un enterrement
- Conclusion : des marchands de Venise ou l’once privée de son sang
Chapitre II. Antonio Pisani. L’innommable neveu du doge ou les deux corps du patricien (1755)
- Ouverture : L’Ambizione delusa
- Premier tableau : Le temps du père. Almorò Pisani, splendeur et misère d’un père illégitime
- Acte Ier – Almorò et ses fils : Les Fausses Confidences
- Acte II – Almorò et ses frères : Le Chemin de la fortune
- Acte III – Almorò et la postérité : Le Père prudent et équitable
- Intermède – Ce que la paternité « subalterne » dit de la paternité tout court
- Second tableau : Le temps du fils. Antonio Pasini-Pisani : Le Jeu de l’amour et du hasard
- Acte Ier – Antonio ou les larmes changées en sang : Le Prince Travesti
- Acte II – Luigi Pisani ou le Soleil offusqué : Le Petit-Maître corrigé
- Acte III – Les tribunaux ou la déraison d’État : L’Heureux Stratagème
- Épilogue – Cecilia Costa en deux coups de théâtre : L’École des mères
- Conclusion : de la complexité du bâtard simple, ou les deux corps du père.
- Entracte : Fantaisie sur un « air de mâle»
- Les dénouements : deus ex machina, scherzo et Realpolitik
- Les personnages : le patricien, le bâtard et le castrat
DEUXIÈME PARTIE LE TEMPS DES FEMMES : UN TOURNANT JURISPRUDENTIEL ? (1694-1755)
Chapitre III. Giulia Gaspardis del Torso. La pionnière de Terre ferme (1755-1766)
- Ouverture : La Donna di Governo
- Premier tableau : Le temps du père. Scipione Gaspardis ou La Double inconstance
- Acte Ier – Première ruse d’anticipation : un don de-kinning (1722)
- Acte II – Seconde ruse d’anticipation : une donation kinning (1751)
- Second tableau : La fille et les juges. Giulia Del Torso ou La Provinciale
- Acte Ier – Giulia contre son père ou la conquête d’identité (1755)
- Acte II – Giulia contre Stainero ou la conquête d’hérédité (1759-1766)
- Conclusion : du pouvoir normatif des marges
- Chapitre IV. Cecilia Bembo Valier. La vieille fille illégitime et le père intestat (1775-1778)
- Ouverture : Il Trionfo di Clelia
- Premier tableau : Le temps du père. Silvestro Bembo Valier, l’art de la fugue ou la famille en désordre
- Acte Ier – Silvestro Bembo et la paternité incongrue : un problème d’état (1737-1762)
- Intermède – L’illégitime et l’incongru
- Acte II – Silvestro Bembo Valier ou le patriciat discontinu : un problème d’État (1762-1771)
- Second tableau : La vieille fille illégitime, les hommes et la justice. La bourse ou la vie, l’once et le mari
- Acte Ier – L’anonyme et les héritiers (1775) : La Donna stravagante
- Acte II – L’héritière et le mari (1777-1778) : La Pamela maritata.
- Conclusion : de l’once dotale, ou l’avantage d’être parfaitement abandonnée
Chapitre V. Marin Cavalli. Le bâtard du Centaure et d’une Amazone (1776-1779)
- Ouverture : Gli Amanti in collera
- Premier tableau : Le temps des amours (1766-1767)
- Le Provéditeur Cavalli et la chambre des dames
- Acte Ier – L’Annonciation (Padoue, été 1766) : comédie de mœurs
- Acte II – La Nativité (Venise, mars-mai 1767) : scène de genre
- Acte III – La Fuite en Égypte (Venise, juin 1767-1768) : comédie d’intrigue
- Acte IV – Le retour à Nazareth (Padoue, mars 1768)
- Intermède – Bâtardise et ressemblance ou l’impossible image du père
- Second tableau : Le temps de la guerre. (1776-1779).
- Le Centaure et l’Amazone, ou le duel des indomptables
- Acte Ier – Venise perplexe entre un Centaure et et une Amazone (déc. 1776-sept. 1778)
- Intermède – Bâtardise et droit de cité ou quand l’hybris change de camp
- Acte II – La mort du père, l’éveil des fils, la victoire du bâtard (sept. 1778-mars 1779)
- Conclusion : de l’art de ne pas juger les pères vifs
- Conclusion générale
