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L’Almanach du Père Gérard

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Michel Biard et Gwennole Le Menn, L’Almanach du Père Gérard (édition bilingue, français-breton), Saint-Brieuc, Skol, 2003, 520 p.

Le 3 septembre 1791, l’Assemblée constituante, issue des États généraux, proclame la Constitution, la première de notre histoire nationale. Cette Constitution dite de 1791, acceptée par le roi le 13 septembre, naît dans un contexte particulièrement tendu depuis le début de l’été. Le 21 juin, la tentative de fuite du roi, avortée à Varennes, a en effet déclenché un véritable séisme politique et lancé une campagne en faveur de la république, menée essentiellement par le Club des Cordeliers. L’Assemblée, soucieuse de ne pas anéantir la Constitution qu’elle était en train d’achever, a choisi d’innocenter Louis XVI et l’a rétabli dans la plénitude de ses pouvoirs. De ce fait, réclamer son éviction était se mettre dans l’illégalité, ce qui amena la fusillade du Champ de Mars le 17 juillet 1791. Dans la fameuse pétition cordelière qui occasionna le rassemblement du 17 juillet, sur lequel La Fayette fit ouvrir le feu, il était demandé à l’Assemblée de reconnaître « que ce roi a abdiqué ; de recevoir son abdication, et de convoquer un nouveau corps constituant pour procéder d’une manière vraiment nationale au jugement du coupable, et surtout au remplacement et à l’organisation d’un nouveau pouvoir exécutif ». Si le mot « république » n’était pas prononcé, la pensée n’en était pas moins claire, d’autant que la campagne conduite par les Cordeliers depuis plusieurs semaines avait donné de très nombreuses occasions d’utiliser ouvertement ce mot, notamment dans des titres de journaux et pamphlets. En revanche, les membres de la « Société des Amis de la Constitution, séante aux Jacobins » (d’où le nom de « Jacobins » qui leur fut d’abord donné par leurs adversaires, puis repris par eux-mêmes), étaient en désaccord profond avec les Cordeliers sur ce choix politique. Ils avaient pour leur part proposé une autre pétition, le 16 juillet, dans laquelle le remède à apporter à la trahison ouverte du roi était « de pourvoir à son remplacement par tous les moyens constitutionnels ». Aux yeux des Cordeliers, cela pouvait notamment impliquer une régence du duc d’Orléans, ce qui était inacceptable. Pour les Jacobins, le principal souci était de défendre la Constitution presque achevée qui, en dépit de ses défauts, donnait au royaume un « Nouveau Régime » en totale rupture avec celui d’avant 1789 de fait promu au statut d’« ancien ». La répression qui suivit la fusillade du Champ de Mars, ce que certains historiens ont désigné sous le nom de « terreur tricolore », mit tout le monde sinon d’accord, à tout le moins dans l’impossibilité d’agir. Le 14 septembre 1791, l’Assemblée constituante, sur le point de se séparer pour laisser place à une nouvelle Assemblée (dite « législative », car elle aurait pour tâche de faire les lois, et non plus de rédiger une constitution), permit à nouveau l’expression du débat politique en votant une amnistie. Les poursuites engagées en juillet tombant sous le coup de cette amnistie, chacun pouvait recommencer à défendre ses idées, que celles-ci soient favorables ou hostiles à la Constitution.

C’est dans ce contexte que la Société des Amis de la Constitution relance ses activités pour diffuser ses idées et conquérir l’opinion publique, d’autant que désormais toute existence politique est en principe déniée aux clubs et sociétés populaires qui n’ont plus le droit de faire des députations et surtout plus le droit de rédiger des pétitions en nom collectif. Outre le recours aux circulaires envoyées aux sociétés jacobines affiliées des départements, la Société entend utiliser tous les moyens de communication, de « publicité » (au sens alors donné au mot), notamment les imprimés de toutes sortes. C’est pourquoi, le 19 septembre 1791, elle propose d’ouvrir un concours pour désigner le meilleur ouvrage qui mettrait en valeur les principes de la Constitution. Deux supports possibles sont alors évoqués, soit une pièce de théâtre, soit un almanach. Le second est retenu et, le 23 octobre 1791, Jean-Marie Collot d’Herbois est déclaré vainqueur avec son Almanach
du Père Gérard.
Celui-ci connaît huit éditions successives qui paraissent de novembre 1791 aux premiers mois de 1792, cependant que le succès est relayé par des éditeurs en province, d’abord en langue française, mais aussi en allemand
(notamment à Strasbourg), en flamand (à Dunkerque), en provençal (à Carpentras) et en breton (les deux éditions présentées ici). Enfin, le texte est également diffusé à l’étranger, en anglais (Londres) et en allemand (Leipzig). Avec la présente publication, chaque lecteur pourra découvrir ce texte, essentiel pour comprendre la Constitution de 1791, avec les commentaires historiques de Michel Biard, mais aussi les deux versions bretonnes du texte.

 

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