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Une « forêt » au Moyen Âge : le Pays de Lyons en Normandie (vers 1100 – vers 1450)

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Date / Heure
Date(s) - 19/06/2017
14:00 - 18:00

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UFR de STAPS

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logo du grhisSoutenance de thèse de M. Bruno Nardeux
Directrice Elisabeth Lalou
19 juin 2017 à 14h00

> UFR de STAPS
> Amphithéâtre Pascal Delapille

Résumé

Si l’abondance de forêts publiques ou privées en Haute-Normandie est une singularité géographique de cette région, gardons-nous des illusions ; la réussite d’une forêt domaniale, comme celle de Lyons, n’a rien de naturel tant elle emprunte à l’histoire. À ceux qui penseraient que le hêtre est naturellement voire spontanément adapté au climat normand au point de faire de la forêt de Lyons une sorte de frontière naturelle entre la Normandie et l’Île-de-France, cette étude consacrée à la forêt de Lyons au Moyen Âge (vers 1100 – vers 1450) montre combien ce territoire résulte avant tout d’une action humaine particulièrement réfléchie.
Tout part de la définition de la forêt dont le terme d’origine franque qu’il soit dérivé des mots latins foris (hors de) ou forum (tribunal du roi) paraît clairement désigner un territoire échappant au droit commun pour répondre aux besoins du roi, soit comme espace de villégiature, soit comme une importante source de revenus pour les finances royales. Contrairement aux idées reçues, la forêt du Moyen Âge créée à l’initiative d’un roi ou d’un seigneur important n’a donc rien de l’espace inculte et sauvage véhiculé par les chroniques et autres chansons de geste. Avec ses futaies, taillis, landes, prairies, champs cultivés, étangs, villages, la forêt médiévale est en réalité un territoire aménagé et administré d’une grande diversité. Or si ces structures forestières remontant à l’époque carolingienne voire mérovingienne ont aujourd’hui largement disparu sur le territoire français, il est un massif forestier qui fait figure d’exception : la forêt de Lyons.
L’alternance de futaies et de landes, de labours et de taillis qu’elle présente ne résulte pas seulement de l’action des défricheurs mais bien davantage d’une sorte de fossilisation d’une organisation du paysage remontant aux premiers temps de la présence royale dans cette région (cf. par exemple, acte de Clotaire II donné au palais royal de Saint-Martin lès Étrépagny, vers 620-625). Mais au-delà de son ancienneté, la forêt de Lyons se caractérise aussi par la constance de la présence royale qui, du règne de Guillaume le Conquérant à celui de Charles VI dit le Fou, ne cesse de se manifester. Passé l’An Mil, c’est dans cette période beaucoup plus riche d’un point de vue documentaire qu’on peut le mieux apprécier la complexité d’un domaine royal organisé à la fois comme une zone frontière à défendre, à l’époque des Plantagenêts, mais aussi comme un espace résidentiel apte à accueillir le roi et sa cour, parfois plusieurs fois par an (plus de 500 chartes royales retrouvées à ce jour, données dans l’une des résidences de la forêt de Lyons), ou encore comme un patrimoine d’une grande richesse qu’il faut à la fois faire fructifier mais aussi protéger de déprédations de toutes sortes qui le menacent.
Espace militaire, la forêt de Lyons l’est assurément tout au long du XIIe siècle avec ses quatre châteaux de Lyons qui complètent la ligne de défense des châteaux de l’Epte par une défense de zone reliant l’Epte à l’Andelle. Distinct du Vexin normand avec lequel la forêt de Lyons n’est jamais confondue au XIIe siècle, ce territoire densément militarisé joue souvent, au gré des fluctuations de la frontière jusqu’à la victoire capétienne, le rôle de zone de repli du pouvoir Plantagenêt.
Comme espace résidentiel, la forêt de Lyons se signale aussi par le nombre et la qualité de ses résidences royales qui ne cessent d’évoluer tout au long de la période étudiée. La fausse idée selon laquelle l’âge des châteaux normands cesserait avec la conquête capétienne peut trouver ici son antidote. De vieux castrum comme ceux de Lyons ou de Longchamps ne cessent, au-delà de 1204, d’être entretenus, réaménagés voire reconstruit presque de fond en comble comme celui de Neuf-Marché où Philippe le Bel a englouti des sommes considérables. Ce qui n’interdit pas la construction de manoirs ex nihilo à la fin du XIIIe siècle, d’allure fastueuse, comme ceux de la Feuillie ou de la Fontaine du Houx (Bézu-la-Forêt).
Il en résulte un espace politique qui fait de la forêt de Lyons le pays d’origine d’un certain nombre de grands officiers du royaume voire d’hommes d’État dont le célèbre Enguerrand de Marigny, favori de Philippe le Bel, auquel il faut désormais ajouter Guillaume, le fils du seigneur de Longchamps-en-Lyons, propulsé par la seule volonté de Richard Cœur de Lion à la charge prestigieuse de chancelier d’Angleterre. Citons par ailleurs un certain nombre de maîtres de la vénerie (grands veneurs, selon une formulation plus récente) de la fin du XIIIe au début du XVe siècle, eux aussi issus de la forêt de Lyons comme les Le Veneur qui, au début du règne de Philippe le Bel, paraissent avoir joué un rôle déterminant dans la création de l’administration des Eaux et Forêts.
Pour finir, la forêt de Lyons s’impose aussi comme un espace économique d’une grande richesse tant le bois se trouve être à l’origine d’une quantité impressionnante d’activités. Il en va ainsi de tous les arbres consommés pour la construction ou l’entretien des châteaux, églises, ponts, halles, machines de guerre. Les grumes de la forêt de Lyons sont d’ailleurs tellement réputées pour leur taille que les maîtres d’ouvrage de Paris ou de Corbeil chargés de la reconstruction de ponts n’hésitent pas à faire venir, sous le règne de Charles VI, des chênes de la forêt de Lyons, pourtant distants de plus de 100 kilomètres. Le bois de la forêt de Lyons est aussi utilisé comme combustible avec la métallurgie mais aussi et peut-être surtout la verrerie dont l’étonnante précocité (vers l’an 1300) s’explique en forêt de Lyons par les importants chantiers de construction des résidences de Philippe le Bel : la Feuillie, la Fontaine du Houx et Neuf-Marché.

Cette étonnante superposition d’espaces plus ou moins imbriqués les uns dans les autres a, au fil des siècles, façonné un domaine royal fortement identifié à un territoire forestier mais aussi à une population socialement et culturellement très typée. En ce sens, quoiqu’en ait pensé l’école de géographie française au tournant des XIXe et XXe siècles, le domaine de Lyons ne peut être réduit à un simple massif forestier là où, à l’évidence, notre enquête a fini par faire surgir un pays fortement aménagé: le Pays de Lyons.

Jury

  • M. Mathieu Arnoux
  • M. Dominique Barthélémy
  • M. Xavier Hélary
  • Mme Laurence Jean-Marie
  • Mme Elisabeth Lalou

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